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Il síagit essentiellement díun type díobjet rituel associÈ ‡ une entitÈ immatÈrielle ou esprit communÈment appelÈ ongon, díaprËs son nom mongol popularisÈ par líouvrage de D. Zelenin, Kulít ongonov v Sibiri publiÈ en 1936 et traduit en franÁais en 1952 sous le titre Le culte des idoles en SibÈrie (Paris, Payot). Le terme díongon a ÈtÈ repris par Claude LÈvi-Strauss dans Le totÈmisme aujourdíhui. Il dÈrive díune racine qui dÈsigne díune part le fait de constituer un rÈceptacle (ongoc : bateau, avion) et díautre part le fait díabriter une entitÈ immatÈrielle (ongolox : consacrer). Il en existe díau moins deux types, zoomorphe et anthropomorphe, chez la plupart des peuples sibÈriens. Les matÈriaux varient : bois, fourrure, feutre, tissuÖ ; leur Èlaboration peut donner lieu ‡ des sculptures (statuettes) ou ‡ des poupÈes ; mais une fourrure de putois, par exemple, peut Ítre par elle mÍme un ongon. La fabrication de líobjet matÈriel doit en gÈnÈral síaccompagner díune opÈration rituelle qui consiste soit ‡ lí´ animer ª, notamment síil síagit díun objet zoomorphe, soit ‡ y ´ introduire ª un entitÈ immatÈrielle, notamment síil síagit díun objet anthropomorphe. Ainsi les Yakoutes choisissent-ils, pour faire leurs emeget, du bois díarbre foudroyÈ, pour Èviter tout risque ´ quíun esprit ne soit dÈj‡ dedans ª ; seul le bois díarbre foudroyÈ est ´ libre ª pour accueillir un esprit sans conflit.
Ces objets ont en commun les traits suivants ‡ travers la forÍt sibÈrienne. Ce sont gÈnÈralement des figurations individuelles, ou plus rarement, des figurations regroupant deux ou trois individus. Ils sont gardÈs dans líhabitation, car ils doivent impÈrativement Ítre ´ nourris ª ; certains ont une bouche ou un autre orifice pour recevoir de petits morceaux de viande ; díautres sont plutÙt oints de graisse ou de sang. Faute díÍtre suffisamment ´ nourris ª, les ongon dits de chasse (souvent zoomorphes) feront disparaÓtre le gibier ou frapperont les humains de maladie. Une grande partie des ongon anthropomorphes est destinÈe ‡ hÈberger les ‚mes des dÈfunts morts prÈmaturÈment et tragiquement pour pouvoir les y ´ nourrir ª en sorte que, rassasiÈs, ils renoncent ‡ harceler les vivants pour se venger de leur triste sort. Consoler le mort peut aussi conduire ‡ orner de bijoux la poupÈe qui le reprÈsente ou ‡ la revÍtir de nouveaux vÍtements. Líimportant, pour les peuples sibÈriens, est de maintenir, gr‚ce ‡ la nourriture et aux compensations, lí‚me du mort en quelque sorte fixÈe matÈriellement pour Èviter son errance. Un parallËle síimpose avec la conception des relations entre lí‚me et le corps chez le vivant : cette relation est trËs fragile chez le nouveau-nÈ, dont lí‚me doit Ítre ´ fixÈe ª ; lí‚me est supposÈe síÈvader du corps pendant le rÍve ou la maladie ; líalimentation et la parole sont tenues pour la manifestation de sa prÈsence dans le corps.
Ces objets, quíils soient zoomorphes ou anthropomorphes, peuvent Ègalement Ítre battus, rÈprimandÈs, voire jetÈs et remplacÈs par de nouveaux, dans les cas o? líon estime que, bien quíabondamment ´ nourris ª, ils níont pas ÈpargnÈ la pÈnurie ou líinfortune aux humains.
Ce type de conduite rituelle illustre la fonction impartie ‡ ces objets, celle de matÈrialiser des relations symboliques, dans la perspective díen tirer bÈnÈfice.
Dans certaines sociÈtÈs de la forÍt, des petits díanimaux sauvages sont capturÈs tout jeunes et maintenus prËs de líhabitation pour y Ítre ´ nourris ª jusquí‡ leur ‚ge m?r ; ils sont alors rel‚chÈs et remplacÈs par des jeunes de mÍme espËce (aigle par exemple). Ils ont un rÙle similaire ‡ celui des ongon zoomorphes : la chasse et la pÍche seraient infructueuses, et les maladies rËgneraient si on ne les ´ nourrissait ª pas.
Chez les Toungouses du bassin de líAmour, le nom gÈnÈrique des supports díesprits est seven ; ceux qui sont anthropomorphes sont plus nombreux que les zoomorphes. Le plus important pour les Evenks est celui qui reprÈsente un pourvoyeur de gibier, bajanaj, barylax. Il est gÈnÈralement anthropomorphe, vÍtu de fourrure tel un chasseur. On le range dans un petit sac de couchage en peau. RÈguliËrement, on enduit sa bouche de graisse et on le fait danser devant la bouche du poÍle. Il doit avoir un grand nez, un grand sexe (3D0984) et un long fusil pour Ítre considÈrÈ comme puissant.
Author(s): R.Hamayon Date created: 2004-03-02 - Date modified: 2004-03-04
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