La vision du monde

Les conceptions que partagent aujourdíhui les Evenk de la taÔga rappellent, dans leur principe sinon dans tous leurs dÈtails, celles notÈes dans les sources ethnographiques antÈrieures. La vision du monde est indissociable de celle de la personne humaine. Les composantes symboliques de la personne sont au nombre de trois : khanjan ìlíombreî, bejen ou illË ìlíenveloppe corporelleî, et omi ìlí‚meî qui se recycle de gÈnÈration en gÈnÈration (Anisimov 1951 : 198-201, KËptukË 1996 : 52-53). Le lieu dit omiruk o? se trouvent les ì‚mes ‡ naÓtreî est situÈ du cÙtÈ du lever du soleil, vers líest ou le sud, qui est aussi líamont díune riviËre ìinvisibleî líengdekit (terme formÈ sur le verbe e- ìÍtre invisibleî ‡ líaide du suffixe ñkit, ìlieuî, Cincius, 1975-1977 : 457 ; Vasilevich 1958 : 559). Les ‚mes descendent le cours de cette riviËre, pour devenir fútus dans le ventre des mËres et naÓtre sur la terre, parmi les Ítres vivants. ¿ la mort, elles descendent la riviËre vers líaval, situÈ du cÙtÈ du coucher du soleil, vers líouest ou le nord. L‡, les attend une seconde vie, semblable ‡ la premiËre, faite de chasse et díÈlevage de rennes, au terme de laquelle elles regagneront les sources de la riviËre invisible engdekit, pour renaÓtre ‡ nouveau (Anisimov 1951 : 198-201).

Ainsi le cours de la vie humaine est-il conÁu comme le cours díune riviËre, comme un flux continu naissant ‡ sa source et mourant ‡ son embouchure. Cette conception a donnÈ lieu, sous líinfluence de la christianisation, menÈe de faÁon irrÈguliËre depuis le 18e siËcle, ‡ une division de líunivers en trois mondes : le ìmonde díen-hautî correspondant ‡ líamont (ugu buga ou ugu dunnË) est celui des ì‚mes ‡ naÓtreî, le ìmonde du milieuî correspondant au cours moyen (dulin dunnË ou dulin buga) celui des Ítres vivants, et le ìmonde díen basî correspondant ‡ líaval (hergu buga ou hËrgu dunnË) celui des morts (Vasilevich 1969 : 212). Ces trois mondes restent reliÈs par la riviËre engdekit. Le ìhautî de la conception christianisÈe a une connotation positive comme líamont de la conception evenk, et le ìbasî une connotation nÈgative comme líaval. Si, ‡ la nuit tombante, la riviËre gronde vers líaval, cíest signe de mauvais temps, vers líamont, de beau temps.

Author(s): A.Lavrillier

Date created: 2003-09-09 - Date modified: 2004-03-18